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Recherche et
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Ateliers (ARC) / ARC Cartographier la religiosité dans les banlieues de Beyrouth

ARC Cartographier la religiosité dans les banlieues de Beyrouth
2024-2025. Semestre 1

Cartographier la religiosité dans les banlieues de Beyrouth

Atelier de Recherche et de Création · Semestre

  • 2024-2025. Semestre 1
  • Code : ARC1042-1
  • Enseignant-chercheur principal : Michael F. Davie, PhD
  • Horaire : mardi, 14:30 – 17:30

Fiche pédagogique

Intitulé : ARC1042-1 – Cartographier la religiosité dans les banlieues de Beyrouth

Fiche pédagogique – 2024-2025. Semestre 1PDF · 7 pages · 134 Ko

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Rapport de recherche

Bilan du 1er semestre 2024-2025 – résumé

Sanctuaires vernaculaires à Beyrouth et dans sa banlieue orientale : une analyse préliminaire

Andrea Abdelnour, Chaker Abirached, Ryan Bachaalany, Joseph El Chakhtoura, Perla Geagea, Habib Habib, Carole Hobeika

Une étude a été menée entre septembre et décembre 2024 sur les sanctuaires vernaculaires (mazârs) à Achrafiyé (Beyrouth municipe), Antelias et Awkar (banlieue orientale). Les résultats suggèrent que les mazârs sont ancrés politiquement et territorialement, chacun d’entre eux exprimant les peurs, les obsessions et les crises identitaires multiformes de la population qui les ont édifiés. Ils expriment de profondes angoisses sociétales, ancrées dans l’incertitude des existences individuelles et collectives, dans un contexte d’instabilité politique persistante et de difficultés économiques.

La prolifération des sanctuaires et des symboles religieux témoignent d’un glissement de sens et de fonction : de simples aides spirituelles, ils deviennent des objets de vénération compulsive.  Dans le quartier d’Achrafieh ils honorent les martyrs de la guerre civile, les dirigeants politiques ou les journalistes du quartier assassinés.

Les entretiens ont révélé que les personnes étaient soit attachées aux sanctuaires, soit totalement indifférentes à leur égard, mais réticentes à en discuter, tout en exprimant un respect pour les objets eux-mêmes en raison des symboles religieux et politiques qu’ils portaient. Pour ces personnes, les mazârs font désormais partie intégrante du paysage urbain quotidien et, même lorsqu’ils ne sont jamais entretenus ni nettoyés, ils restent en place.

Il semble également que les mazârs soient ancrés dans un réseau de significations entremêlant spiritualité, traditions locales et croyances personnelles. Mais pour démêler ces significations, il a fallu surmonter la réticence des personnes interrogées à aborder la signification des sanctuaires qui vont au-delà de leur fonction visible de lieux religieux : la frontière entre pratiques religieuses et non religieuses est ténue, les mazârs occupant un espace qui brouille les catégories conventionnelles. La vénération pour les mazârs pourrait être interprétée, à tort, comme de la superstition ou une incompatibilité avec les enseignements religieux traditionnels ; en fait, ils ajoutent une dimension de complexité au discours qui les entoure, les rendant profondément personnels et souvent méconnus comme des marqueurs de la vie communautaire. Dans certains cas, les mazârs ne sont pas simplement perçus comme des objets religieux, mais comme des lieux du patrimoine culturel local, d’une signification historique, voire de lieu de phénomènes surnaturels. Cette diversité de perception reflète le tissu socioculturel plus large de la société libanaise, dans laquelle traditions et modernité cohabitent et se chevauchent souvent.

Les mazârs, des signifiants complexes

Premièrement, la réticence de nombreux individus à parler des mazârs interpelle. Ces lieux sont-ils liés à des sensibilités personnelles ou communautaires, ou une nuance culturelle ou religieuse plus profonde est-elle en jeu ? Si certaines personnes se montrent plus disposées à partager leurs histoires et leurs réflexions sur les mazârs, d’autres restent sur leurs gardes, gardant peut-être volontairement certains aspects cachés. Cette hésitation révèle également une tension plus profonde au sein de la société libanaise, où les pratiques religieuses sont souvent étroitement liées à l’identité culturelle. De plus, la réticence à parler des mazârs pourrait provenir de la crainte de perdre leur caractère sacré. Cela soulève une importante question éthique pour les chercheurs : comment concilier la nécessité de la recherche académique avec le respect du sacré et de l’intime ?

Deuxièmement, les mazârs ne sont pas de simples vestiges statiques de dévotion religieuse ; ce sont des espaces dynamiques où convergent les récits culturels, spirituels et personnels. Cependant, cette convergence s’accompagne souvent d’ambiguïtés et de silences, suggérant que les mazârs opèrent à l’intersection du visible et de l’invisible. La dualité des mazârs – à la fois monuments publics et sanctuaires privés – souligne leur rôle unique.

Troisièmement, le secret qui entoure les mazârs pourrait être perçu comme une forme de résistance à l’homogénéisation des pratiques religieuses. En entretenant un climat de mystère, les groupes et les individus affirment leur autonomie sur ces espaces sacrés, veillant à ce qu’ils restent ancrés dans les traditions locales ou les identités urbaines, et non englobés par des tendances sociétales plus larges.

Quatrièmement, le débat autour des mazârs nous invite à repenser les frontières des espaces religieux et culturels. L’abondance de sanctuaires témoigne plus qu’une simple dévotion religieuse ; elle révèle un mécanisme d’adaptation psychologique pour des communautés aux prises avec une angoisse existentielle.

Enfin, ces sanctuaires ont révélé, par inadvertance, des dimensions plus profondes de la manière dont la religiosité imprègne le tissu social libanais. À mesure que ces symboles sacrés se multiplient dans le paysage, ils risquent d’être perçus comme des éléments ordinaires de l’environnement urbain, ce qui pourrait diminuer leur signification spirituelle et culturelle.

Conclusion

Au Liban, la religion sert souvent de prisme à de nombreuses problématiques sociales, tout en les masquant et en les perpétuant. Des clivages communautaires aux inégalités sociopolitiques, les pratiques et institutions religieuses servent fréquemment à justifier des problèmes structurels qui dépassent la foi elle-même. Les sanctuaires incarnent cette dualité : d’un côté, ils sont des lieux d’émerveillement, de dévotion et de ciment communautaire, et de l’autre, leur présence souligne les peurs et les incertitudes obsessionnelles qui caractérisent une société aux prises avec l’identité, la mémoire et l’appartenance.

Les paysages urbains et suburbains libanais reflètent avec éclat ces contradictions, et Beyrouth, modèle réduit de la nation, révéle ces stratifications de complexité. Les sanctuaires ne sont pas de simples lieux spirituels : ls sont des marqueurs de l’histoire, de l’identité territoriale et de l’appartenance sociale. Leurs emplacements, souvent liés à des récits historiques de martyre ou d’événements miraculeux, deviennent des points d’ancrage symboliques pour des communautés confrontées aux incertitudes de la modernité. Pourtant, ils représentent aussi une reconnaissance tacite de la fragilité, une peur collective de la perte, du déplacement et de l’effacement, subtilement intégrée à l’acte de vénération. Les mazârs renforcent les liens communautaires, mais peuvent aussi enraciner les identités sectaires, créant des divisions. Au plan psychologique, tout en offrant des espaces de réconfort et de réflexion, ils risquent de favoriser des comportements compulsifs qui brouillent la frontière entre foi authentique et ritualisme excessif. Au plan politique, les sanctuaires servent de marqueurs de l’influence sectaire, du contrôle territorial exercé par une une religion ou communauté particulière, instrumentalisée pour affirmer sa domination plutôt que pour favoriser l’unité.

Conférences

Chaque conférence est décrite sur la page de son ou sa conférencier·ère.